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2018-08-21 00:12 - Autour du monde

Un an en Finlande

Aujourd’hui, c’était mon finniversaire. 1 an exactement depuis que j’ai atterri au petit aéroport de Tampere, le 20 août 2017, dans un pays dont je ne connaissais rien. Et d’ici quelques-jours, je décollerai pour la France, sans savoir si je reverrai jamais la Finlande. Tout semble vouloir accentuer la mélancolie de cette fin de séjour, comme ce musicien de rue qui, ce midi, jouait Auld Lang Syne (Ce n’est qu’un au revoir).

Un an. Une année au cours de laquelle j’ai fait plus de rencontres et de découvertes que jamais auparavant. Par l’immersion dans une autre culture, par la vie dans une communauté d’étudiants de tous horizons (en Europe et au-delà), et par mes voyages.

Je ne tiens pas à faire ici un récit de cette année (comment le pourrais-je ?), ni un guide pratique de la vie en Finlande, mais un rapport d’expérience de ce qui m’a marqué, et qui mérite d’être dit. Pardon d’avance sur les généralisations que je vais faire, tout le monde est différent mais j’ai identifié des éléments communs / récurrents.

Contexte

Dans le cadre de mes études d’ingénieur, je dois faire au moins un stage ou un semestre à l’étranger. J’ai donc fait… 2 semestres et un stage. En fait, un seul semestre ce n’est concrètement que 4 mois, ce qui me semblait trop court pour vraiment s’immerger dans la culture d’un pays. Quant au stage, ce n’était pas prévu à l’origine, j’étais censé rentrer mi-mai et j’ai prolongé mon séjour jusqu’à la fin août.

Pour mon année d’études, j’avais l’embarras du choix. C’est un peu par hasard que je suis allé à la conférence sur les pays nordiques entre deux autres conférences et, malgré moi, je n’ai pas pu résister à l’attrait et la curiosité qu’ils ont exercé sur moi. J’ai choisi l’Université Technologique de Tampere (TUT). Ce qui m’avait bien plu, c’était que l’université est dans un campus en bordure d’une ville de taille moyenne, entourée de lacs et forêts, tout en étant un pôle technologique important, surnommé la “Silicon Valley de Finlande” (c’est notamment là qu’a été fait le premier appel téléphonique GSM au monde).

Étudiants Erasmus à TUT
(Étudiants Erasmus à TUT, photo par Petr Olišar)

Pour mon stage, à la suite de mon recrutement chez Nvidia, j’ai déménagé sur Helsinki pour une durée de 3 mois et demi.

J’ai profité de ma position géographique pour voyager : une croisière étudiante à Stockholm, un voyage touristique dans les pays baltes, un road trip en Laponie, une aventure en stop et couch surfing dans les fjords norvégiens, des week-ends dans la campagne profonde, etc. Et même en dehors des voyages, mon quotidien était joliment occupé.

Vivre en Finlande

Un différent rapport à la nature

La Finlande a une densité de population 6.5 fois inférieure à celle de la France, et la majorité de cette population est située dans le sud et le long du Golfe de Botnie, laissant la plupart de l’intérieur du pays, et surtout la partie nord ainsi que l’est à la fontière russe, relativement vides. Le pays est couvert à 70% par la taïga (forêt boréale de conifères), et à 10% par des lacs, au nombre de 188000.

Les villes finlandaises sont très agréables à habiter parce que la nature n’est jamais loin. Tampere est entre deux lacs géants, Helsinki est bâtie sur une péninsule sur le Golfe de Finlande. Les villes respirent grâce à leurs multiples parcs et voies cyclables.

Cartes de Tampere et Helsinki
(Tampere et Helsinki sur OpenStreetMap)

Mais les Finlandais et la nature, c’est plus que ça. Le rapport des Finlandais à la nature est quelque-chose qu’ils ont dans le sang. Les week-ends et vacances de beaucoup de Finlandais, c’est quelques jours en famille dans une cabane en bois, le mökki, souvent au bord d’un lac. J’ai fait plusieurs fois l’expérience de la mökkielämä, la vie au mökki, et je peux attester que c’est un moyen exceptionnel de se ressourcer. On se détache du monde, on pêche, on lit, on se baigne, on fait griller des saucisses, on joue au mölkky et au kyykkä, on profite du sauna.

Mökki
(mökki à Lauttasaari)

Le sauna, c’est un pilier de la culture finlandaise. Ce bain de vapeur très chaud se partage autant en famille qu’entre amis, collègues, ou lors d’une soirée étudiante. Nu, tout le monde est égal, il n’y a pas de barrière sociale, on peut parler à l’inconnu, ou se relaxer en silence. Idéalement, le sauna est à côté d’un plan d’eau et on peut se baigner entre deux bains de vapeur. En hiver, on se roule dans la neige.

Sauna
(une pause après le sauna au bord du Hervantajärvi)

La plupart des Finlandais sont très sportifs, et l’on pratique des sports d’extérieur à toute saison : le jogging, le vélo et le kayak en été, le ski de fond et le patin en hiver. Lorsque j’allais me promener en hiver, je croisais toujours des skieurs, et j’ai pu moi-même apprendre le ski de fond (merci Mikko) et progresser en patin : la patinoire municipale est accessible gratuitement une heure par jour, et de temps en temps on allait sur le lac Näsijärvi où la neige est dégagée pour former une piste de plusieurs kilomètres de long.

Ski
(du ski de fond à Kauppi)

Un différent rapport au temps

Comme mentionné précédemment, les Finlandais savent se détacher lorsqu’ils prennent des vacances, font du sport ou vont au sauna. Dans les boulots où c’est possible, j’ai l’impression que nombreux finissent leur journée assez tôt, vers 16h, pour avoir le temps de faire du sport ou s’occuper de leur famille. Quand, en rentrant à vélo, je traverse les parcs de la ville, des gens courent, d’autres se promènent le long de la mer avec leurs enfants, d’autres dansent devant l’Opéra.

Suomenlinna
(à Suomenlinna ; merci à Oliver pour l’image)

Le contraste qui m’a le plus frappé, c’est entre les réunions avec nos collègues en Californie et les réunions avec juste des collègues d’Helsinki. Les premières sont chronométrées, on a une heure, pas plus, même si on n’a pas le temps de finir. On ne se voit pas accorder la parole, on la prend. Les dernières sont plus longues et posées, chacun a le temps d’exprimer ses idées, la réunion n’est close que quand on a fait le tour de ce qu’on voulait y traiter. Et on se permet quelques parenthèses qui n’auraient pas leur place dans une réunion à l’américaine.

Dans les conversations avec les Finlandais d’ailleurs, on ne se bat pas pour prendre la parole : au contraire on observe des moments de silence qui peuvent paraître très lourds pour des étrangers (en France on dit qu’on entend les mouches voler). Mais pour un Finlandais, c’est du temps partagé. C’est aussi le temps de réfléchir dans une conversation, plutôt que juste trouver quelque-chose à dire ensuite et montrer qu’on est intéressant. Donc j’ai appris, lorsque je parle avec des Finlandais, à observer des pauses dans une conversation (même si j’ai très envie de dire quelque-chose). Et c’est difficile pour un moulin à paroles comme moi.

Je ne sais pas si c’est seulement ma compagnie ou si c’est un principle général en Finlande mais je n’ai ressenti aucun stress, aucune pression. On peut choisir ses horaires, prendre des pauses, aller se reposer à la bibliothèque ou dans un salon, ou même en salle de sieste. Tout ça est incroyablement humain et logique pour moi, en effet le travail n’est pas une question de temps mais d’état d’esprit, et un travail d’ingénieur n’a pas d’impératifs horaires.

Coffee break Näsijärvi
(pause café lors d’une promenade autour de Tampere)

Je dois tout de même dire qu’on a une expérience très différente du temps en hiver et en été. Les très longues journées d’été (il n’y a jamais vraiment de nuit, même si le Soleil se couche quelques heures) sont motivantes et laissent beaucoup de temps pour faire plein de choses, alors que les très courtes nuits d’hiver assomment un peu. Je n’ai pas pour autant perdu toute énergie l’hiver, mais je dormais plus qu’en été. Au plus profond de l’hiver la nuit tombait peu après 15h.

Aussi, quelque-chose d’assez différent en tant que Français, que je regrette un peu : nous les Français avons l’habitude de manger en groupe, prendre le temps à table. Mais ici, les étudiants passent rapidement au restaurant universitaire entre deux cours, assez souvent seuls. Et de même, au boulot, mes collègues amènent une boîte toute prête et la mangent en 15 minutes top chrono.

Un pays moderne

La Finlande est un pays moderne à plein d’aspects. Un pays ouvert au progrès, avec une bonne culture d’écoute, de demande de feedback, et une conscience du bien commun.

Tout d’abord, d’un point de vue urbanisme : les nombreux parcs, les systèmes efficaces de transports en commun (réseau bien déservi, confortable, pas de retards, possibilité de prendre des tickets sur une appli), l’abondance de pistes cyclables, le système de vélos publics efficaces et quasiment gratuits (30€ pour l’année), etc. Il me paraît bon aussi de souligner le soin apporté à l’accessibilité dans les transports (même si c’est aussi vrai dans l’architecture en général), notamment via des accès à toutes les stations de métro pour les personnes en fauteuil roulant ou déambulateur.

Vélos publics
(j’ai pris le vélo tout l’été pour aller travailler)

Ensuite, d’un point de vue international, tout le monde parle très bien anglais, beaucoup de sites ont une version anglaise (des services d’État aux sites de e-commerce), et Helsinki est une ville très cosmopolite. D’ailleurs des municipalités comme Espoo reconnaissent l’anglais comme une troisième langue dans laquelle tous les documents officiels doivent être disponibles, à côté des deux languages nationales que sont le Finnois et le Suédois, et de nombreuses autres municipalités ont en projet d’implémenter ça petit à petit. La Finlande est un petit pays qui n’a pas l’industrie de traduction qu’on a en France ou en Allemagne, ce qui explique un niveau d’anglais moyen largement supérieur à celui observé en France. On peut se faire comprendre absolument partout sans parler un mot de Finnois.

D’un point de vue éducatif, j’ai été réellement impressionné par mon expérience à TUT et mes passages à l’université Aalto. C’est une combinaison gagnante de :

  • bons investissements dans la recherche, professeurs qui sont des chercheurs renommés dans le domaine qu’ils enseignent
  • présence d’entreprises sur le campus qui est un pôle technologique majeur
  • équipements de qualité en libre accès 24h/24, 7j/7 : à TUT ça inclut la bibliothèque, des salles info, une salle de robotique, un fablab, une salle de réalité virtuelle, des imprimantes 3d, des salles de travail de groupe, etc
  • une pédagogie intelligente qui allie apprentissage théorique et pratique avec une relative autonomie et responsabilité de l’étudiant.

Tietotalo
(Tietotalo, le bâtiment où j’avais la plupart de mes cours)

D’un point de vue social, le pays est beaucoup moins marqué par les inégalités. Il n’y a pas une ségrégation socio-spatiale marquée comme en France (banlieues d’immigration vs le 16ème arrondissement de Paris), il y a une importante couverture sociale, et le pays expérimente même le salaire universel.

Et puis je ne vais pas tout détailler mais cette modernité est visible aussi au point de vue architectural, technologique, etc. Une anecdote est que je trouve les musées ici extrêmement bien faits, par exemple : guide audio en 3 langues avec déclinaisons enfant/adulte, expositions interactives, démonstrations en réalité virtuelle, construction intelligente et immersive des salles, cross-media, etc.

Confiance, honnêteté, respect

Quelque-chose que j’ai beaucoup apprécié en Finlande, c’est la valeur de la confiance, et l’honnêteté des Finlandais. Au point qu’il m’est arrivé de laisser mon portefeuille et mon portable dans un vestiaire une après-midi entière en allant skier, ou laisser mon ordinateur portable sur une table à l’université pour aller manger chez moi. Des choses que je n’aurais jamais faites en France, où le professeur de sport doit mettre nos objets de valeur dans un casier fermé à clef parce qu’il y a eu des cas de vol pendant les séances.

L’honnêteté ne vaut pas seulement pour ce qui est de la morale, c’est plus que cela : la plupart des Finlandais ne vont pas vous mentir pour vous faire plaisir. Contrairement à certains pays où on fait beaucoup de manières superficielles, ici quand on dit quelque-chose, on le pense.

On voit souvent les Finlandais comme froids et solitaires. C’est un manque de compréhension de leur manière d’être. En fait, c’est en grande partie une question de respect de l’autre et d’espace personnel. Si un Finlandais ne vous adresse pas la parole et ne vous regarde pas dans l’ascenseur pendant la montée de 7 étages, c’est qu’il a peur de vous importuner. Il est assez dur de briser la glace avec les Finlandais, mais une fois qu’on les connaît ils sont des amis de confiance.

Bonus: 12 mois, 12 photos

Avant de clore cet article, un petit bonus : ça a été difficile mais j’ai sélectionné une photo par mois à montrer ici, de septembre 2017 à août 2018 (comme un calendrier de mon année). Je vous laisse découvrir ça :

12 mois, 12 photos

Voilà, il est temps de clore cet article, je tiens à remercier tous ceux qui ont fait de cette année un moment exceptionnel !


Image de couverture réalisée avec AndreaMosaic à partir d’images prises par mes amis et moi-même au cours de l’année.

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